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VSardou« C'est en 1839 que je suis venu pour la première fois dans ce pays (...) ; ce délicieux Cannet, si bien abrité, si tiède et qui, enfoui dans son nid de citronniers et d'orangers, avec ses maisons en terrasses (...) avait tout l'aspect d'un village sarde ou corse. »

Victorien Sardou a 8 ans à l'âge de ce premier souvenir de séjour dans la maison familiale, au 5 de la rue qui porte son nom. Séduit par cette atmosphère, les couleurs et cette lumière si particulière au Cannet qui inspira tant le peintre Bonnard, il compte parmi les nombreuses personnalités qui ont marqué de leur passage la vie cannettane.

Descendant d'une des familles fondatrices du Cannet, il naît à paris en 1831. D'abord étudiant en médecine puis répétiteur de philosophie, de mathématiques et d'histoire, il débute dans les lettres en collaborant aux revues et encyclopédies. Après une 1ère pièce et un échec, il se détourne du théâtre jusqu'à son mariage avec Mademoiselle Brécourt en 1858. Un an plus tard, le succès est cette fois au rendez-vous avec « les premières armes du Figaro ». Suivront plus de 40 œuvres -parmi elles, les célèbres « Madame sans-gêne », « Tosca »- qui lui vaudront l'honneur d'entrer à l'Académie Française en 1877.

Séjournant régulièrement au Cannet, il en donnera beaucoup de descriptions.
(...) Il n'était abordable dans mon enfance que par l'ancienne route, depuis oubliée. Elle longeait un vallon qui existe encore, jusqu'à Sainte-Catherine, laissant à droite, d'abord la vieille chapelle ruinée que j'ai toujours connue telle, avec son grand figuier desséché que j'ai connu verdoyant ; puis les aqueducs de l'oncle Jean que j'estimais dignes des Romains. A l'église, la route changeait de nom pour devenir la Calade, rue étroite, grande artère du pays, où une charrette ne s'engageait pas sans imprudence. La maison de mon grand-père était et est encore à la Calade; c'est là que je venais coucher, le samedi soir, pour passer mon dimanche au Cannet.

Evoquant dans ses notes la Tour des Danys et la Tour de la Placette –où son grand-oncle s'illustra en 1706 : sonnant le tocsin, il sauva le village du pillage-, il dira : « Le Cannet n'avait pas que ses orangers, si maltraités par le dernier hiver, et la cassie, qui ne fleurissait que là. Il avait ses monuments. Il les a encore. Deux tours : la Tour des Danis "du brigand" dit Mérimée et la Tour de la Placette. J'ai dit deux monuments, il y en a un troisième : comment pourrais-je oublier la maison de mon cousin Jean-Jacques. Cette villa Sardou était perdue jadis dans les orangers, d'un accès difficile, bordée d'un cours d'eau dont le voisinage n'était pas toujours agréable ».