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bonnard par ostierPierre Bonnard (1867-1947) est sans conteste un des plus importants peintres français de la première moitié du XXème siècle.

La personnalité de Bonnard s'est façonnée entre la fin de l'impressionnisme, le mouvement nabi dont il est l'un des principaux artisans, pour ensuite s'affranchir de tout courant artistique et de toute convention développant une image très personnelle. Prédomine alors son regard sensible sur le monde dans lequel une nature enchantée, vibrante et lumineuse s'oppose à la réalité. Sous une apparence de tranquille simplicité, l'œuvre de Bonnard se révèle complexe, pleine de nuances et comme détachée du temps.

Pierre Bonnard naît à Fontenay aux-Roses le 3 octobre 1867. Dès l'enfance, Bonnard manifeste un grand intérêt pour le dessin et la couleur. Tout en suivant des études de droit, volonté de son père, Bonnard rêve de plus en plus à ne faire que de la peinture. C'est ainsi qu'il suit les cours de l'Académie Julian et rencontre Maurice Denis, Paul Ranson, Henri-Gabriel Ibels, Edouard Vuillard dont il se sent le plus proche. Son bonheur, Bonnard le trouve parmi ses camarades d'atelier.

En novembre 1889, il prête tout de même serment d'avocat mais, pour échapper au droit, il n'a de cesse de réaliser des œuvres pour exposer au Salon des Indépendants de mars 1891.Son coup de maître Bonnard le réalise avec l'affiche France Champagne qui lui a été commandée par la marque du même nom. «On me demande partout mon affiche», écrit Bonnard à sa mère le 21 mai 1891. Félix Fénéon, futur rédacteur en chef de La Revue Blanche écrira : « La première estampe affiche qui ait joyeusement éclaté sur les murs de Paris depuis Daumier.... Elle inaugurait un renouveau de l'art de la lithographie – de cet art que Toulouse-Lautrec devait pousser au degré que l'on sait de raffinement et de maîtrise ».

Pendant cinq ans, des œuvres importantes dans l'esprit nabi «très japonard» - Le peignoir, 1892- voire impressionniste, des œuvres décoratives, des lithographies et des illustrations de livres -Marie de Peter Nansen, Parallèlement de Paul Verlaine- se succèdent. Parallèlement, Pierre Bonnard peint des scènes intérieures calquées sur sa vie familiale, son environnement proche.

Il traverse ensuite une période sombre durant laquelle il peint des intérieurs ou des scènes de rues nocturnes qu'il construit en bruns et noirs ; seule une lampe ou un visage éclaire l'ensemble. Ainsi, durant la période la première guerre, le doute le ronge. Une crise d'autant plus forte qu'il est victime du climat intellectuel créé par le cubisme, le risque étant de se tourner vers le passé et de revenir purement et simplement aux reflets des impressionnistes.

« Je me suis remis à l'école. J'ai voulu oublier tout ce que je savais, je cherche à apprendre ce que je ne sais pas. Je refais mes études depuis les principes, depuis l'a.b.c. et je me défie de moi-même, de tout ce qui m'avait tant passionné, de cette couleur qui vous affole... » En1896, il décide ainsi de changer de voie : « Brusquement j'ai compris ce que je cherchais et comment je pourrais tenter de l'obtenir », pour s'orienter vers un sens nouveau de la composition.

A partir de 1900, Bonnard parcourt la France : Trouville, Arcachon, le Vernonnet où d'ailleurs il achètera « Ma Roulotte » en 1912 mais aussi, avec son ami Vuillard, l'étranger. A chacun de ses séjours, il loue une maison avec jardin, en privilégiant l'environnement, la végétation luxuriante et la vue. Chacune de ses maisons donne lieu à plusieurs œuvres : à Arcachon - La salle à manger sur le jardin, 1930 (peinte à la villa Castellamare), à Trouville - Nature morte devant la fenêtre, 1937, à Vernonnet, Grande terrasse à Vernon, 1918. Ses tableaux prennent alors plus d'ampleur, s'éclaircissent tout en nuances. L'horizon devient plus vaste, l'œuvre s'élargit.